III) Le sport s'adapte aux non-voyants

Les non-voyants ont deux possibiltés pour pratiquer une activité sportive. D’une part, ils peuvent pratiquer un sport dans un club ordinaire affilié à une fédération sportive traditionnelle et ainsi pratiquer avec des athlètes valides. D’autre part, ils ont la possibilité de pratiquer une activité sportive dans un club pour non-voyants affilié à une fédération sportive spécialisée comme la Fédération Française Handisport (FFH).

Les Jeux Paralympiques

Symbole des Jeux paralympiques depuis 2006

En 1948, un neurologue anglais organisa les "Jeux mondiaux des chaises-roulantes et des amputés" destinés à la réhabilitation par la pratique du sport, des vétérans et victimes de la Seconde Guerre mondiale devenus paraplégiques. A la 9ème édition de ces jeux, en 1960 à Rome, de nombreuses disciplines furent intégrées et on considère qu’il s’agit des premiers Jeux Paralympiques. A partir de cette édition, les Jeux Paralympiques devinrent de plus en plus populaires et eurent lieu la semaine suivant les Jeux Olympiques, tous les 4 ans.

Les Jeux Paralympiques réunissent les athlètes handicapés physiques et mentaux de tous les pays du monde pour qu'ils participent à des épreuves handisportives. Leur objectif est de mettre en lumière les capacités sportives des athlètes en situation de handicap. Ils permettent ainsi à ces athlètes de dépasser leurs limites, de prouver que leur niveau est remarquable et qu'au même titre que les athlètes valides, ils sont capables de performances.

Pour montrer les adaptations des sports, nous prendrons l’exemple de trois sports très pratiqués par les non-voyants : la course à pied, le judo et le cécifoot (adaptation du football), qui sont par ailleurs des disciplines paralympiques.

La Course à pied

L’athlétisme handisport fait partie des épreuves des Jeux Paralympiques depuis 1960 à Rome. C’est le sport qui regroupe le plus grand nombre d’épreuves et d’athlètes des Jeux Paralympiques.

Les épreuves dites de « courses de vitesse » sont au nombre de 3 dans les compétitions internationales : 100 mètres, 200 mètres et 400 mètres (les épreuves de haies n’étant pas pratiquées par les non-voyants). Il y a, ensuite, les courses de demi-fond (800 et 1500 mètres), celles de fond (le 5 km, le 10 km et le marathon) et les relais (4 x 100 m et 4 x 400 m).

Aux Jeux Paralympiques, les non-voyants sont regroupés dans les catégories B1, B2 et B3 (B1 signifiant une cécité totale, B2 que l’athlète peut reconnaitre la forme d’une main, B3 que l’acuité visuelle est plus élevée que les 2 catégories précédentes).

Les adaptations apportées aux courses pour les non-voyants sont peu nombreuses.

Tout d’abord, les athlètes de la catégorie B1 sont systématiquement guidés par un athlète voyant, le lien entre les 2 coureurs étant assuré par une cordelette d’environ 75 cm accrochée aux poignets des 2 coureurs. Lors des épreuves de très longue durée (comme le marathon), le guide peut aussi indiquer les directions oralement. À aucun moment le guide ne doit tirer ou propulser l’athlète. Une infraction à ce règlement peut mener à la disqualification.

Il est important que le guide soit légèrement plus rapide que le coureur non-voyant afin qu’il puisse se concentrer sur les éléments à communiquer au coureur plutôt que de penser à son propre rythme et éviter ainsi des situations compliquées. Par exemple, aux Jeux de Sydney en 2000, le Kenyan Wanhoike Henry a complètement épuisé son guide lors du 5 000 m (record du monde).

Par ailleurs, sur le plan du règlement, le sportif doit absolument passer la ligne d'arrivée en premier, sous peine de disqualification. Autre point du règlement : lors de la remise des récompenses : le guide ne fait qu'accompagner son athlète au pied du podium, n'étant pas lui-même médaillé !

Pour les athlètes de la catégorie B2, ce sont eux qui décident de courir avec un guide ou non. Pour ceux de la catégorie B3, ils courent seuls car leur vue est considérée comme suffisante.

Aux derniers Jeux Paralympiques, la France récolta 7 de ses 45 médailles rien qu’avec la course (dont 4 d’or sur les 8 totales !).

Le Judo


« Le judo est la voie du meilleur emploi de l’esprit et du corps »


Jigoro Kano, fondateur du judo
 
 
 

 

En France, le judo, une activité duelle, est le sport le plus prisé avec le cécifoot. Cela est principalement dû au mode d’organisation de la Fédération Française de Judo (FFJ) et à sa politique d’intégration des personnes handicapées. La FFJ est, par exemple, la seule fédération sportive française à avoir signé une convention par laquelle elle s’engage à avoir une politique d’échanges et d’ouverture, montrant ainsi sa volonté d’insertion des personnes en situation de handicap. La FFJ a, par ailleurs, créé la Commission Nationale Judo et Personnes Handicapées (CNJPH) en 1972. Cette commission a pour but de promouvoir la pratique du judo pour  les personnes handicapées en coordination avec les fédérations sportives pour personnes en situation de handicap. Pour ce faire, elle édicte des règlements et des adaptations de la pratique du judo chez les handicapés (et entre autres chez les non-voyants) ; elle lance des expérimentations nécessaires à l’ouverture du judo ; elle promeut les clubs qui se vouent à la cause des handicapés et accompagne la formation des enseignants de judo.

Le premier championnat français de judo non-voyant eut lieu le 10 mai 1986 à Toulouse. A présent, un championnat a lieu tous les ans et regroupe 400 judokas. Le 1er championnat d'Europe et le 1er Open international suivirent et se déroulèrent à Paris en 1987. Enfin, le judo non-voyant (et malvoyant) est un sport paralympique pour les hommes depuis les jeux de Séoul (Corée) de 1988 et pour les femmes depuis les jeux d’Athènes (Grèce) de 2004.

La pratique du judo par les non-voyants entraine une modification de ses règles et de son fonctionnement. Ainsi, le sport s’adapte aux non-voyants. Le judo handisport suit les règlements de la Fédération internationale de judo, adaptés par la Fédération internationale des sports pour aveugles qui fut fondée en 1981 à Paris.

Il y a deux adaptations majeures par rapport au sport valide. D’une part, lorsque le combat commence, les judokas empoignent la veste de kimono de leur adversaire - contrairement au judo ordinaire - puis la relâchent. Cela leur permet de repérer la position de leur adversaire et ses différents mouvements au cours du combat. D’autre part, le tatami comporte différentes zones (zone de compétition, zone de danger et zone de sécurité) dont les couleurs diffèrent. Ces différentes zones ont des textures distinctes qui permettent ainsi aux judokas non-voyants de se repérer. Lorsqu’un combattant quitte le tatami, le juge du combat crie pour le lui faire remarquer. Toutefois, une similitude entre le sport valide et le sport non-voyant est contestée. Les judokas non-voyants et malvoyants  ne sont pas catégorisés par leur niveau de cécité, mais par leur poids, comme pour les valides. Cela soulève une controverse et pourrait être remis en cause dans les années à venir.

Le judo permet une sollicitation intense de plusieurs facteurs tels que l’efficacité motrice, la force, la vitesse, l’endurance, la souplesse ou la coordination et ainsi développe les sensations- notamment kinesthésiques-telles que les mouvements, les positions, les contacts et l’équilibre. Les non-voyants parviennent mieux à gérer les risques. Ils apprennent à amortir les chutes et surtout acquièrent de l’aisance dans leurs déplacements. La coordination est réorganisée de façon bénéfique pour pallier l’absence de vue. En outre, le judo nécessite concentration et attention pour déterminer la façon adéquate de déséquilibrer son adversaire ainsi qu’un sens de l’esquive et de l’anticipation. Enfin, le judo permet aux handicapés une plus grande autonomie ainsi qu’une plus grande motivation.

Le nombre de judokas handicapés est par ailleurs en constante progression en parallèle avec une amélioration du niveau technique.

Le Cécifoot

Le football à Cinq, appelé plus couramment  « cécifoot », est un sport créé spécialement en vue d’être pratiqué par des athlètes non-voyants. Il a notamment été officiellement reconnu en tant que sport paralympique en 2004, lors des Jeux Olympiques d’Athènes.

Il s’inspire largement des règles du football classique et du règlement en vigueur de la FIFA, mais comporte bien évidemment un certain nombre d’aménagements effectués dans ce règlement, qui tiennent compte du handicap des joueurs.

Deux équipes de cinq joueurs, comme l’indique le nom du sport, sont opposées ; quatre joueurs de champ qui jouent les yeux bandés (dans le but de s’assurer que leur handicap est le même) et un gardien de but voyant. Chaque match se déroule en deux mi-temps, dont le temps a été abaissé de quarante-cinq minutes à vingt-cinq minutes par rapport au football classique. De même, les joueurs évoluent sur des terrains de longueur bien moindre, comparable à celle des terrains de handball. Ces terrains sont bordés de barrières latérales, mesurant toutes un mètre trente de haut.

Pour le bon déroulement du match, un préposé au guidage se situe derrière chacun des buts adverses, pour ne pas que les joueurs perdent la direction des filets.

De même, un modèle de ballon a été spécialement imaginé : sa taille en est réduite, et surtout, il est équipé de grelots qui permettent aux joueurs de le localiser à l’aide leur ouïe seule. Toutefois, ces aménagements ne  permettent pas de dépasser toutes les difficultés ; ainsi, les joueurs ont été amenés au fil du temps à inventer de nombreuses astuces, en mettant par exemple au point un code vocal permettant de signaler la présence d’un adversaire, ou au contraire de prévenir un coéquipier de son propre déplacement.

Le fait que le bon fonctionnement du sport repose réellement sur l’aspect sonore entraine certaines caractéristiques curieuses, bien spécifiques au cécifoot. Par exemple, les matchs se déroulent systématiquement dans le silence le plus complet possible, non par manque d’enthousiasme des supporters, mais pour ne pas gêner les joueurs dans la perception des consignes données par leurs entraineurs ainsi que le dialogue entre les joueurs sur le terrain. Le cécifoot, en raison de sa difficulté extrême à la pratique, nécessite une cohésion d’équipe véritablement renforcée par rapport à un sport classique, et demande un travail intense aux équipiers. Toutefois, on compte au niveau international de nombreuses équipes capables d’offrir un spectacle au moins aussi attrayant que celui proposé par le football professionnel classique.

Le cécifoot est donc un sport de plus en plus apprécié du large public, et l’équipe de France fait partie de l’élite des équipes mondiales ; ainsi, elle a remporté tous ces matchs aux Jeux Paralympiques de Londres 2012, arrivant jusqu’en finale, où elle s’inclinait de justesse devant le Brésil, considéré comme la meilleure équipe du monde, ce qui montre que le sport handicapé tient une place importante dans le paysage sportif de notre beau pays.

La médiatisation du cécifoot reste faible, mais les exploits de l’équipe de France de 2012 ne sont pas passés inaperçus, et les informations concernant ceux-ci ont été transmises au Journal de 20 heures. Ainsi, on peut considérer l’avenir du cécifoot de manière positive, tant en terme du nombre de pratiquants qu’en terme de promotion de l’activité auprès du large public.


Ainsi, quelque soit le sport : sport d'endurance (la course), sport de combat (le judo) ou sport collectif (le cécifoot), on constate que leurs règles sont aménagées et font appel aux autres sens comme l'ouïe et le toucher.



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